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Cette manière d’acte de foi a guidé l’histoire de la revue et défini sa position centrale au cœur de la littérature universelle du XXe siècle. C’est ce qui justifie son extraordinaire pouvoir d’attraction, accueillant en ses sommaires les plus grands noms de la littérature contemporaine : Gide, Claudel, Valéry et Proust bien sûr, mais aussi Aragon, Artaud et Breton, Jouhandeau, Giraudoux et Morand, Alain-Fournier, Giono, Pourrat et Supervielle, Saint-John Perse, Daumal et Ponge, Malraux et Sartre, Faulkner et Joyce, Robbe-Grillet, Tournier et Le Clézio, ou des hôtes inclassables, comme Audiberti ou Cingria ; et accueillant aussi ceux qui ont renouvelé le grand héritage critique du siècle passé, à l’image de Rivière, Thibaudet, Blanchot ou Jaccottet, ou permis la découverte des grandes voix venues du lointain, comme Valery Larbaud ou Roger Caillois… parmi tant d’autres.
Une affirmation aussi forte de la primauté de la littérature n’a pas empêché La NRF de penser et réfléchir son époque. Le fait politique, la condition historique et sociale de l’homme l’ont, elle aussi, requise. Des intellectuels comme Alain ou Benda y ont joui longtemps d’une libre tribune, faisant état, avec virulence et arguments, de leur refus absolu des totalitarismes, débattant sur les questions de la cléricature intellectuelle, des conséquences du pacifisme... La NRF eut ainsi fort à faire avec les grands mouvements d’opinion du siècle et dut rendre compte des options parfois contradictoires de ses collaborateurs. Mais jamais le principe de l’autonomie du jugement littéraire ne fut remis en cause. Cette foi demeurera jusqu’au bout inébranlable. « Vive la littérature dégagée ! » : la devise s’applique aussi bien à l’égard du champ politique que théorique.
La NRF, c’est une revue, mais c’est aussi un réseau, d’amitiés et d’affinités littéraires, de vie intellectuelle et de ferveur créatrice, traversant tout le siècle en se prolongeant sur trois à quatre générations. C’est un foyer sans frontière. La revue s’est ressourcée en s’excentrant et en manifestant son « esprit » en d’autres lieux, dans des revues ou entreprises amies ou faussement concurrentes : Commerce, Mesures, Les Cahiers de la Pléiade, 84, Les Cahiers du Chemin… Car au fond, comme l’écrivait Jean Paulhan à Gaston Gallimard, « La NRF est une entreprise qui a besoin d’être de temps en temps recommencée. » De l’intérieur et à l’entour.